L'absence d'une politique de formation des jeunes handicape le football sud-africain
Si l'Afrique du Sud n'avait pas été qualifiée d'office grâce à son statut de pays hôte, elle n'aurait probablement pas participé à la Coupe du monde 2010. Relégués à la 83e place du classement de la Fédération internationale de football (FIFA),
Les Bafana Bafana (les "garçons" en zoulou) n'ont même pas réussi à se qualifier pour la Coupe d'Afrique des nations (CAN) qui s'est déroulée en Angola en janvier.
Malgré le soutien enthousiaste de milliers de Sud-Africains descendus dans les rues de Johannesburg, mercredi 9 juin, pour encourager ses joueurs au passage du bus à toit ouvert, il y a un risque élevé pour que l'Afrique du Sud, qui ouvre la compétition, vendredi 11 juin, face au Mexique, soit la première nation organisatrice d'un Mondial à ne pas franchir le premier tour.
Historiquement, le régime de l'apartheid a entravé le développement d'un football de haut niveau. Passionnée de ballon rond, l'immense majorité noire du pays devait souvent se contenter de jouer sur des terrains vagues. Les grands clubs des townships comme les Orlando Pirates et les Kaizer Chiefs de Soweto en étaient réduits à des derbies stériles. Impossible de se mesurer aux clubs étrangers ou aux nations du football pour progresser. L'Afrique du Sud a été bannie de la scène internationale par la FIFA jusqu'en 1990. Et les rencontres internationales parvenaient rarement jusqu'au petit écran sud-africain.
Mais vingt ans plus tard, la victoire lors de la CAN en 1996, assimilée par certains observateurs à un heureux concours de circonstances, demeure une illusion d'optique. La première puissance économique du continent noir ne dispose pas d'une équipe de football digne de ce nom. La faute à l'absence criante d'une politique de détection et de formation des jeunes footballeurs. "Le pays regorge de talents, mais si on ne va pas les chercher au fin fond des townships, ils ne viendront pas à nous automatiquement !", rappelle Edshine Phosa de l'hebdomadaire spécialisé Soccer Laduma.
LE RUGBY ET LE CRICKET
A l'école, la pratique du football n'est pas encouragée. Dans les établissements les plus riches où sont inscrits la plupart des Blancs, le rugby et le cricket sont omniprésents, tandis que dans les ghettos noirs, les équipements sportifs sont quasiment inexistants. "Cela vient d'être déclaré priorité nationale, nous allons augmenter les budgets", promet Cedric Frolick, vice-président de la commission des sports du Parlement sud-africain.
Les critiques visent surtout la fédération sud-africaine de football (Safa), incapable depuis des années de se saisir à bras-le-corps de ce sujet. "Ils évoquent un problème de financement alors qu'une partie de l'argent s'est retrouvée dans les poches de certains dirigeants...", estime un connaisseur. Interrogée sur cette allégation, la fédération la réfute.
En 1993, le technicien Ted Dimutru avait tenté de montrer la voie aux instances fédérales en fondant le "centre d'excellence" d'Esselenpark près de Johannesburg. Cette école de football pour des jeunes de 13 à 17 ans a ainsi accueilli Steven Pienaar et Bernard Parker, tous les deux sélectionnés pour le Mondial. "Cela fonctionnait bien, mais la Safa ne nous a jamais soutenus", regrette l'éphémère entraîneur des Bafana Bafana lors la saison 2005-2006.
Les grandes équipes du championnat sud-africain se sont alors mises à piller l'école de ses meilleures recrues sans laisser celles-ci finir leur formation. Quelques clubs ont préféré développer leurs propres centres de formation. A Johannesburg, l'académie de football de Bidvest Wits est née il y a à peine deux ans et dispose d'un partenariat avec le club danois de Brondby.
Les sélections nationales juniors réalisent parfois des coups d'éclat. En Egypte, l'an dernier, les moins de 20 ans ont atteint les huitièmes de finale du Mondial. Mais lors de son arrivée dans le pays, l'actuel sélectionneur des Bafana Bafana, le Brésilien Carlos Parreira, a été stupéfait par l'absence de championnats nationaux de jeunes.
"Nous comptons profiter de la Coupe du monde et de l'aide technique et financière apportée à cette occasion par la FIFA", assure Morio Sanyane, porte-parole de l'organisation. Plusieurs centres de formation et des terrains en gazon synthétiques vont bientôt fleurir dans le pays.